[CONSEIL MUNICIPAL] 20190325 // Arthur Remy // Place Chardonnet

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[CONSEIL MUNICIPAL] 20190325 // Arthur Remy // Place Chardonnet

2019/4569 : Lyon 1 – Requalification de la place Chardonnet – Lancement de l’opération 51046001 “Place Chardonnet -Requalification” – Affectation d’une partie de l’AP 2015-2, programme 00012 (6’)

Monsieur le Maire, chers collègues,

Il y a des dossiers qui n’ont pas besoin de faire polémique pour avancer… Et quand bien même, il s’agit d’un projet situé dans le 1er arrondissement… Et quand bien même la question de la vidéoprotection doit être repensée… Et quand bien même l’aménagement d’une place de quartier est une source de débat constant…

En introduction de mon propos, je voudrais remercier – une fois n’est pas coutume –  Michel Le Faou pour son implication sur ce dossier et son écoute. Je veux remercier également les agentes et agents qui ont participé à l’élaboration de ce projet : Mme Cécile Sacco, Mme Delphine Thevenot-Petit, M. Philippe Lamy. Et enfin, des remerciements sincères à Mme Claire Déverine avec qui j’ai pu partager les enjeux de ce projet et qui m’a permis de faire les bonnes rencontres pour rendre possible ce projet.

De quoi s’agit-il ? Et permettez moi de vous présenter, chers collègues, la genèse de ce projet.

D’abord et avant tout, il s’agit de la réalisation d’un engagement de campagne ! Et je suis très content que ce projet voie le jour avant la fin de ce mandat. Parce que si nous ne le réalisions pas au cours de ce mandat, il y aurait eu le risque que celui-ci ne se fasse pas et que la Place Chardonnet devienne, comme le boulevard de la Croix-Rousse, l’un des nombreux serpents de mer des pentes. Ce projet montre une forme d’intelligence collective entre le 1er arrondissement, la Ville et la Métropole. Même si ce projet n’a pas été de tout repos – jamais un projet d’aménagement ne sera de tout repos – c’est assez agréable de travailler dans ce sens… et j’espère que dans les années à venir, cela pourra se répéter !

Ensuite, il s’agit d’un projet pour lequel je me suis attaché à impliquer les habitants dans le processus de réflexion et de décision. Il y avait un enjeu central : de ne pas faire une concertation comme partout au travers de réunions publiques, car on en connaît tous l’issue ici, c’est la loi du plus fort, de celui qui s’exprime le plus. J’avais donc opté pour une démarche beaucoup plus sensible et modeste, à la mesure des moyens d’une mairie d’arrondissement. Pas de grandes opérations de communication, de recours au numérique… seulement des rencontres à travers trois dispositifs. On pourra toujours reproché que cela n’a pas été suffisant, mais cette démarche a eu le mérite d’exister et de soulever de nombreux questionnements.

Le premier : une recherche action entreprise par l’association Local à Louer Compagnie d’Architecture. Un groupe d’architectes urbanistes a été missionné pour réaliser une première étude sur la notion d’hospitalité de la place Chardonnet. Au gré de leurs rencontres, et surtout des personnes qui ne s’expriment pas dans les processus de concertation classique (les sans-abris, les femmes, les immigrés), LALCA a récolté des témoignages sur les usages de la place, ce qui en faisait sa force et qu’il fallait préserver, mais ce qui en faisait aussi sa faiblesse et qu’il fallait donc modifier. Surtout, LALCA a permis de fédérer quelques habitants autour de la réappropriation de la place.

Ces habitantes (deux femmes !), réunies au sein du collectif Faites Place, ont alors entrepris de tester différents dispositifs sur la place. Au cours d’une programmation événementielle d’un été, plusieurs configurations ont été testées : les barbecues de voisinage, les après-midi piscines et bassines pendant un été caniculaire, les concerts de la Clef de Voute … autant d’événements qui ont relevé et révélé plusieurs possibles pour la place. On retrouve ici le dispositif similaire d’expérimentation entrepris par la Métropole au sujet du devenir de la petite place de la Croix-Rousse, un dispositif budgétairement plus modeste.

Et enfin, troisième dispositif venant conclure la démarche : l’intervention de Chantal Deckmyn, architecte urbaniste, anthropologue, autrice du livre « L’espace public devient inhabitable » (on retrouve ici le fil rouge de l’hospitalité, de la notion de ce qui doit faire place). Chantal Deckmyn a proposé à plusieurs habitants d’écrire le récit de la place Chardonnet. 1h dans l’espace public pour décrire ce qu’il s’y passe… Et elle a ainsi analysé toutes les sensations que propose la place, pour en livrer ensuite des recommandations.

A l’issue de ces trois dispositifs, nous avons du formuler une synthèse à cette démarche sensible et encore une fois modeste. Et après le temps du dialogue avec les habitants, est venu le temps du dialogue politique et institutionnel. Nous avons, avec LALCA et Faites Place, présenté à Michel le Faou l’ensemble des conclusions. Il a alors invité quelques représentants habitants à participer aux réunions de travail.

De là, sont nées quelques frustrations, car il y a fallu passer d’une démarche sensible à une démarche plus technique, plus opérationnelle. Il y a fallu se comprendre entre élus, techniciens et habitants, mettre de côté ses appréhensions, changer de posture… bref apprendre à décaler son regard et à faire un pas de côté.

Mes chers collègues, au terme de cette démarche qui a duré presque un mandat, je mesure à quel point nous avons avancé sur le dialogue. Mais je mesure aussi la marge de progression qu’il nous reste à faire dans l’implication des habitants.

Enfin, sur le fond du dossier, il y avait, pour moi, l’ambition de rénover un espace publique majeur des pentes de la Croix-Rousse, tout en ne contribuant pas à la gentrification de ce quartier. L’une des pistes de travail a été toute la démarche que j’ai rappelé : la notion d’hospitalité et l’implication des habitants. Mais c’est surtout une vigilance que nous devons avoir tous collectivement sur l’appropriation par les habitants de la place Chardonnet. Dans le projet, un local à destination des habitants est réservé. Et le collectif Faites Place va bientôt devenir association pour l’animation de la place. Si nous voulons, chers collègues, que la place reste un lieu vivant et animé, que le lien social perdure, il est nécessaire de garantir l’appropriation des habitants, et ce n’est pas qu’une question d’aménagement de l’espace, de nombre de places de parking.

Si le projet sur la place Chardonnet arrive dans sa phase de réalisation, il reste encore devant nous encore beaucoup de travail d’animation.

Je vous remercie.

 

Une réponse

  1. renaud dit :

    Je vous serais tellement reconnaissant de ne pas participer vous aussi à la diffusion d’une sorte de nov-langue sécuritaire. On peut être pour ou contre la vidéo-surveillance mais le terme “vidéoprotection” est clairement une création récente de ses promoteurs, et je crois très important de garder le terme premier et neutre. La surveillance vidéo peut éventuellement aider à une enquête, intervention etc… en aucun cas elle ne “protège” de quoi que ce soit. Utiliser ce terme c’est déjà prendre position pour son extension.

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