[RAPPORT D’ACTIVITE] Une mairie à l’écoute des habitant.e.s ?

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[RAPPORT D’ACTIVITE] Une mairie à l’écoute des habitant.e.s ?

| ETABLIS : ACTUALITES ELUS & PUBLICATION  // UNE MAIRIE A L'ECOUTE DES HABITANT.E.S PAR ANDRE GACHET (ELU DU 1ER ARRONDISSEMENT DE LYON, CONSEILLER METROPOLITAIN & UN DES INITIATEURS)

Une mairie à l’écoute des habitant.es ? (Synthèse)

Dans ce document, nous avons rassemblé quelques éléments de réflexion autour de l’accueil par l’élu en charge de l’action sociale de proximité en Mairie du 1er arrondissement. La lecture peut vous paraître un peu longue et fastidieuse. Cette synthèse voudrait être une incitation à aller plus loin et à accepter la complexité de ce que l’on appelle l’écoute des habitantes et habitants. Une mairie d’arrondissement rencontre les limites de compétences ; n’étant pas de plein exercice, elle doit pourtant contribuer à apporter à toutes et à tous des réponses et à tout le moins une orientation concrètes.

Une Mairie / services
la Mairie est le premier interlocuteur de proximité, pour beaucoup d’actes du quotidien. Au-delà des services répertoriés qu’une mairie peut rendre, elle est le lieu où les administré.es estiment être en droit d’attendre une écoute attentive, une action et même parfois une réponse immédiate.
Face à la diversité des demandes, l’élu est confronté à la complexité des problématiques abordées dans le domaine de l’action sociale. L’imbrication des données sociales, économiques, environnementales,
administratives et juridiques, médicales et médico-sociales fait que l’élu devient passeur, facilitateur de la lecture complexe et « démêleur » de l’écheveau des responsabilités.


Des habitants actifs (page 1 et 2)
La plupart des personnes viennent directement en Mairie, mais il arrive aussi qu’elles soient orientées par le bouche à oreille, voisinage et famille, mais parfois aussi portées par la solidarité. C’est en particulier le cas pour les situations les plus difficiles, liées aux sans abrisme ou à de grandes difficultés sociales. Les écoles – enseignants et parents d’élèves – portent très souvent cette solidarité de voisinage.

Un contexte socio-économique en forte évolution (pages 2 et 3)
Le premier arrondissement est sorti de la politique de la ville. Il a perdu de ce fait une bonne partie des moyens alloués pour l’action sociale au motif d’un « enrichissement » de ses habitants. Dans la réalité, l’évolution du peuplement entraîne de nouveaux déséquilibres et un creusement des inégalités.
En trente ans, l’amélioration de l’habitat avec plusieurs OPAH successives a certes contribué à rendre les conditions de vie meilleures mais également provoqué une évolution du peuplement.
La pauvreté n’a pas disparu pour autant. Les plus modestes sont conduits à abandonner des secteurs où – comme sur l’ensemble de la ville-centre – les prix de l’immobilier explosent. La sortie de la
politique de la ville prive l’arrondissement, ses acteurs et bien entendu ses habitants les plus modestes, d’une partie des services dont ils pouvaient bénéficier : La majorité des personnes venues sont en dessous
du seuil de pauvreté (64%).

Le logement est le premier souci exprimé (pages 4 à 6)
Face à un logement social plus souvent octroyé que choisi, les demandeurs sont contraints à des attentes très longues qui dépassent souvent le délai anormalement long de 2ans. Il reste beaucoup à faire pour la transparence et l’accessibilité de l’offre. Le niveau de la pression de la demande s’établit à 10 demandes pour un logement !
La recherche d’un logement peut être celle d’un premier logement ou celle d’un logement plus grand ou plus petit. La mauvaise qualité du logement et/ou l’augmentation du prix du loyer sont d’autres motifs de demande de logement.

Habitants du 1er ou ménages ayant un lien avec l’arrondissement par leur histoire, leur travail, leurs relations, les demandes viennent parfois d’autres communes ou arrondissements

Risquer de perdre son logement est une angoisse (pages 6 et 7)
Les très nombreux mouvements de ventes de logements isolés ou d’immeubles entiers sont une source d’inquiétude. Comment rester sur un quartier que l’on aime et que l’on connait si bien ? La modification du
parc locatif, avec une pression accrue des meublés de tourisme et une augmentation exponentielle des loyers, est une menace réelle.
Les difficultés économiques peuvent conduire à l’endettement, la prévention des expulsions locatives pour cela est importante.

Sans abri : un scandale dont on ne vient pas à bout / 15 % des sollicitations en direction de la Mairie (page. 7)
Le mal-logement dans la forme extrême du sans-abrisme de rue existe dans l’arrondissement. Il est parfois très visible (Jardin des Chartreux), parfois caché parce qu’il concerne des personnes isolées encore plus vulnérables. La lutte contre le sans abrisme et l’absence de chez soi doit s’inscrire dans la durée. Elle réclame de la part du politique une construction complexe agissant sur plusieurs segments de l’offre.

Décloisonner les actions multiples de réponse aux publics (pages 8 à 10)
La nature multiforme des demandes montre à l’évidence combien les cloisonnements entre compétences sont autant de « ralentisseurs ». Parfois les limites des prérogatives constituent en elles mêmes un obstacle. C’est en particulier vrai pour les travailleurs du médico-social soumis à des règles de confidentialité.
C’est justement à partir des limites imposées par l’exercice des différents métiers que nous pouvons repenser la transversalité. Cette dernière est importante à plus d’un titre. Elle est addition de savoirs et de compétences. Elle permet une orientation partagée c’est-à-dire excluant tout « renvoi de balle ». Elle est aussi un facteur de sécurisation et de sortie de l’isolement : « je ne suis pas seul.e à porter la misère du
monde ».


L’accueil en mairie pour une orientation efficiente (pages 10 et 11)
Les soucis du quotidien, ceux qui ne trouvent pas de réponse simple, conduisent nos concitoyennes et concitoyens à chercher une aide en Mairie.
Les difficultés dans l’environnement sont une source de demandes souvent difficiles à résoudre.
Faire le lien avec l’élu chargé de la vie nocturne, les services de police par le biais de l’élu chargé de la sécurité, les soucis de certains commerçants pour les mêmes raisons qui sont aiguillés vers l’élu en charge.
D’autres enfin que nous orienterons vers les conseils de quartiers ou collectifs citoyens. Il suffit parfois d’indiquer le chemin après avoir écouté ce qui parfois est une somme de douleurs.
Dans l’écoute et le conseil, il est nécessaire de faire la part entre ce qui relève du bon sens et ce qui nécessite une connaissance plus précise des règles de droit notamment.
Rechercher le bon interlocuteur, avec la volonté de faciliter les bonnes rencontres au bon moment, sans jamais se défausser sur d’autres, pourrait être une règle de conduite simple.

oOo

Quelques recommandations et orientations pour l’avenir (pages 11 à 13)

L’exercice de la fonction d’élu.e en charge de l’action sociale dans une mairie d’arrondissement repose sur quelques conditions. La première d’entre elles est l’acceptation d’une forme d’impuissance à ré-
pondre seul.e aux attentes des personnes qui sollicitent une aide.

Une orientation efficace de l’action des personnes – qui sont les premières, voire les seules concernées – implique une bonne connaissance des acteurs susceptibles de les soutenir. C’est un double mouvement dont il est question ici : chaque rencontre doit déboucher sur une démarche des personnes concernées – on ne fait pas Pour – et toute orientation se fait sur la base de la reconnaissance de compétence exercées par ailleurs et surtout de la capacité à agir des personnes.

De nombreux problèmes ont un caractère collectif qui mobilise des réseaux de solidarité et des démarches militantes. L’élu.e doit dans ce contexte trouver sa position. Militant.e politique par essence, sa fonction n’est pourtant pas de monter sur les estrades en demandant au public de le suivre. L’élu.e est comptable de la complexité des questions posées. Son rôle consiste à expliquer, transmettre, interpeller au bon niveau, plutôt qu’à dénoncer dans une posture qui appartient aux militant.es qui sont en droit d’attendre un soutien, mais n’ont pas besoin de porte-parole.
La Mairie d’Arrondissement, malgré les limites de ses compétences, peut et doit jouer un rôle dans les domaines qui relèvent de la gestion de la Cité :

Avec la Ville de Lyon qui porte un certain nombre de responsabilités face à la spéculation immobilière et le développement du meublé de tourisme : nous devons obtenir une application ferme et volontaire les moyens de maîtrise des loyers prévus par les textes.
La gestion des déclarations d’intention d’aliéner (suivi des transactions) devrait systématiquement être accompagnée d’un volet social. La Ville porte aussi une responsabilité sur le développement de l’offre de logements sociaux.

Avec la Métropole, qui encadre aujourd’hui et demain la gestion du processus d’attribution des logements : La Métropole va devoir mettre en place la cotation prévue par la loi, notre expérience doit trouver place dans cette évolution. Nous devons avancer dans le même tempos vers la location choisie.

Une mobilisation nouvelle est nécessaire avec les bailleurs sociaux autour de l’usure des réhabilitations des années 80 et 90. L’amélioration des performances thermiques est à l’ordre du jour. Dans le même domaine, il doit être mis un terme à la vente des logement très sociaux implantés dans le diffus. La question des coûts de gestion d’un parc dispersé doit être étudiée et non simplement éludée.
Le législateur doit être saisi des questions qui relèvent de la réforme des aides aux logements : les constats que nous sommes conduits à faire sur les risques de disparités entre les différentes catégories d’ayant-droits ne peuvent trouver de solution que dans le débat parlementaire.
Face à l’urgence sociale qui concerne les sans-abri, plusieurs questions se posent à des niveaux différents :
La première d’entre elles concerne la connaissance des situations. Le déficit de connaissance est à l’origine de l’absence de réponses sérieuses.
La Mairie d’arrondissement par sa proximité est un lieu idéal d’observation et de rencontre qui doit trouver une place qui lui est déniée aujourd’hui. La seconde question est celle de la cohérence des interventions à partir d’un partage de compétences – Etat – Ville – Métropole – peu clair. Le renvoi de balle entre institutions est une des causes de l’inefficience des politiques de prévention.

Mars 2019
André GACHET
Elu du 1er arrondissement de Lyon (Manufacture de la Cité)
Conseiller à la Métropole de Lyon

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