[TRIBUNE] Cash & The City par Jean-Pierre Bouchard

Plateforme de gauche pour les territoires et l'Europe de demain !

[TRIBUNE] Cash & The City par Jean-Pierre Bouchard

| ETABLI : ACTUALITES ELUS - CASH & THE CITY PAR JEAN-PIERRE BOUCHARD (ADJOINT A LA MAIRIE DU 1er ARRONDISSEMENT)

Passé la quarantaine, Paris ne supportait en son sein que les enfants de propriétaires, le reste de la population allait poursuivre son parcours ailleurs. Vernon était resté. Il avait peut-être eu tort.  – Virginie DESPENTES. Vernon Subutex . Ed Grasset

 

Quel état gère-je ?

Pourquoi commencer un article concernant le 1 er arrdt par une citation sur Paris…. qui pourrait aussi concerner Birmingham, Alabama (Philippe BESSON in AMERICA n°3 / septembre 2017) ?

Citons Le Figaro en octobre 2017: “les prix flambent carrément dans le cœur de Lyon et à Bordeaux. Autre tendance nouvelle : depuis les élections, les acheteurs au budget imposant, de 700 000 à 1,5 million, sont revenus dans toutes les grandes villes. Cela inquiète nombre de professionnels, qui craignent que la surchauffe des tarifs n’empêche les acheteurs locaux de devenir propriétaires, ce qui marquerait un coup d’arrêt à la reprise. Dans le Vieux-Lyon, sur le plateau de la Croix-Rousse, certains quartiers des Pentes ou les secteurs historiques et vivants de la Presqu’île, les prix moyens se fixent entre 4 500 et 6 000 €/m2.”

Il me semble que nous devons tout d’abord retenir que les questions qui vont être exposées sont celles d’une époque, et surtout d’une époque
où la place de l’argent a pris le pas sur toutes les autres caractéristiques des individus (race, âge, groupe social.. ).

La métropolisation apparaît aujourd’hui le modèle global/mondial d’évolution de la société industrielle à dominante mâle ; Le premier arrondissement ne fait pas exception : que perdons nous, que gagnerons nous dans ce mouvement que nous ne pouvons ni ignorer, ni rejeter, et fort peu contrôler ?
Résistant,alternatif, expérimental,créatif et à la fois un peu néophobe et complotiste, le premier arrondissement, le plus petit de Lyon avec ses 30 000 habitants et un des territoires les plus denses d’Europe, est encore une fois traversé par une mutation ; elle est sociale, économique,urbaine,non homogène, spécifique à sa géographie et son histoire…et par les évolutions du temps présent, qui vont de “l’effet Airbnb” (2 500 logements dans le 1er), jusqu’ à la relation de l’habitant au politique, aujourd’hui établie comme celle d’un client à son prestataire, et nous mobilise pour la mise en place d’une démocratie plus participative, où le politique doit monter en compétence technique.

Régulièrement, des habitants “historiques” suggèrent la pose de barbelés aux frontières de l’arrondissement ; la muséification dans un résistantisme confit et folklorique est elle l’avenir ?

Coup d’oeil sociologique : La place des ouvriers dans les Pentes de la Croix Rousse a été divisée par 5 en 40 ans, diminuant de 40,2% à 7,6%. Mouvement inverse pour les cadres dont la présence est multipliée par 6 et passe de 6,2% à 36,6%. Ce phénomène, généralisé en centre ville , est plus marqué dans le premier arrdt. Le taux de pauvreté de 15,6% est 2,4 points plus élevé que sur l’ensemble de la Ville (après les 9eme et 8eme arrdt) . Les liquidités ne sont pas la seule lotion qui transforment d’honnêtes contribuables en gentrifieurs. Le niveau d’étude,le plus élevé de la ville, doit aussi y être pour quelque chose.

Le capital de cette part gentificatrice des habitants du premier est donc plus culturel et social qu’économique. L’accès aux couteux M2 du
premier arrdt est donc possible avec un soutien extérieur, sans doute familial…et l’on retrouve Vernon SUBUTEX .

Les Pentes sont caractérisées par une proportion supposée forte de logements appartenant à des propriétaires sans grands moyens, donc plutot défraîchis, et proposés à la location à un coût inférieur au marché : c’est un logement social de fait. Ce parc locatif fond à l’allure de la banquise : les perspectives de loyers (très) élevés rend entreprenants ces propriétaires . Le logement social officiel n’est que de 16%, et 20% à Lyon.

A Noter , le passionnant itw de Jacques LEVY (Laboratoire CHOROS, Ecole polytechnique de Lausanne) dans Mediacités le 2 janvier dernier : “Il ne faut pas oublier que le taux de mixité sociale est plus fort dans les métropoles qu’ailleurs. 85% des pauvres vivent dans les aires urbaines, où le coût de l’immobilier et en conséquence le coût de la vie sont d’ailleurs plus élevés [voir ci-dessous le cartogramme de la pauvreté]. Et les 15 % restants résident essentiellement dans les « communes isolées », à distance des villes, petites ou grandes. Et non pas, comme cela s’entend trop souvent, dans les zones périurbaines après avoir soi-disant été chassées des centres-villes ou de leurs premières couronnes”

 

Enjeux demain, jeux de vilains.

Cet arrondissement n’est pas si fragile – moins que la politique du logement en tout cas – ; il a connu d’autres mutations, et sa population a une forte capacité de résistance et -ce n’est pas contradictoire-de tolérance, souvent mise à l’épreuve : elle les organise une fois de plus dans des collectifs. Nous devons traduire ces attentes dans une vision et des choix ;

Entre l’identité du quartier et les inévitables évolutions ,ou donc un rôle social de responsable politique doit il faire placer le curseur, alors que je me reconnais dans cette majorité d’habitants qui considèrent le consumérisme et les hiérarchies sociales avec un certain dédain ?

A la Métropole, lors de l’étude du PLUH, on cite la compétitivité,le rayonnement d’un centre accueillant et solidaire.

Mais les décisions de Gérard Collomb contribuent à creuser les inégalités : un projet de plusieurs milliers de M2, dans l’ancienne école des Beaux Arts, seraient mis sur le marché à 7000 E /M2. Ce choix offensif contribuerait sans doute à apporter des suffrages à une gouvernance moins marquée par des valeurs de gauche ; Contre l’humanisme et la mixité sociale, le calcul politique l’emporte par K.O.

Les aspirations d’individus instruits et cultivés, les contraintes de budgets serrés; l’offre diurne et nocturne des Pentes, la densité d’habitants
permet l’épanouissement de toute une population qui y vit, et s’y côtoie, et de ceux qui passent le consommer.

Cet arrondissement est, depuis quelques mois, identifié comme le territoire le plus demandé de la Métropole pour des implantations d’activités
commerciales en RDC (à l’exception de l’hyper attractive Presqu’île).

Ces acteurs économiques accompagnent le glissement sociologique et l’anticipent. Ce faisant, ils l’encouragent . Quoi de plus agréable qu’un
centre ancien, animé, disposant d’une offre de qualité, d’un patrimoine architectural de qualité, et d’une humanité particulière…quand on en a les
moyens ?

C’est ce flux entre les acteurs économiques, les gentrifieurs et les « historiques » qui nous intéresse tout particulièrement.

Les chaudes pistes, les actions.

Le préambule à la définition d’un projet politique est l’échange avec les les acteurs, les habitants, et une attente de citoyenneté ; celle ci peut maintenant s’exercer dans un Conseil Territorial, ou leur parole sera entendue. Par ailleurs, les actions prioritaires que la Mairie d’arrondissement s’est engagée à mettre en place ont été définies dans un collectif, lors de rencontres avec les associations de commerçants et d’habitants, en début de mandat.

Si l’on fait de la mixité sociale la première responsabilité de la collectivité, quel outils s’offrent à nous ? Ceux permettant le contrôle des implantations économiques et du coût de l’immobilier sont peu nombreux, et peu souhaités par la Ville. Offre insuffisante et mal répartie, reposant sur les privés , qui sont déstabilisés par la baisse du budget des organismes HLM, loi Allur mal en point , et testée à Paris et Lille seulement). Citons Manuel DOMERGUE directeur des études Fondation Abbé Pierre : “face à l’inflation des loyers, leur encadrement apparaît comme le meilleur moyen de lutte ” (Alter Eco septembre 2017). Quand au “choc d’offre”, il n’est pas envisageable en quartier ancien.

Enfin, l’impact de Airb’nb sur le coût du M2 commence à être pris en considération, et cette activité est -timidement-encadrée.

En 2018 André GACHET souhaite commander une étude « logement », (Observatoire du logement :(social, vacant, hôtelier) pour améliorer la connaissance (notamment dans le cadre des ILHA) : diagnostic (état des lieux du parc locatif privé et public ; niveaux de conventionnement dans le parc privé ; vacances des logements ; etc) et préconisations ;

Coté vie économique, la Métropole préempte chaque année quelques locaux commerciaux identifiés comme stratégiques, afin de contrôler leur exploitation par des projets convenant au quartier ; produits créatifs, et artisanaux,expérimentations, qualité….Les succursales et franchisés sont écartés. Cependant, l’implantation du projet de la Halle de la Martinière ; produits bios et circuits cours, à été l’occasion d’un bras de fer entre la ville et l’Arrondissement.
Les pietonnisations, ponctuelles et expérimentales, concilient et réconcilient les usages des habitants, des commerçants et de leur clientèle. Ils font partager le plaisir d’un centre ancien sans flux de véhicules et préparent les esprits à un avenir inévitablement désautomobilisé. 

La Maison des Économies Circulaires contribue à ancrer l’arrondissement dans un consumérisme distancié et responsable…les lombricomposteurs collectifs assurent la fin du circuit de l’une part de la consommation alimentaire.

L’équilibre entre les activités nocturnes et diurnes reste un point sensible ; le « laisser-faire » nocturne, qui a été la ligne de certaines mandatures, contribue a dresser des populations entre elles. L’élu de proximité s’inscrit dans la recherche des équilibres, la connaissance fine des territoires et des acteurs de la vie nocturne ; il peut ainsi orienter les actions des Services et des Polices.

Merci au collectif  “La Fabrique de la Ville” et à Rebellyon pour leur travail et leurs chiffres.

 

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