[TRIBUNE] Rénovation de l’Hôtel-Dieu : une belle occasion manquée ! par Paul Raveaud

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[TRIBUNE] Rénovation de l’Hôtel-Dieu : une belle occasion manquée ! par Paul Raveaud

| ETABLI : REFLEXION - RENOVATION DE L'HOTEL-DIEU : UNE BELLE OCCASION MANQUEE PAR PAUL RAVEAUD (UN DES INITIATEURS DE LA MANUFACTURE DE LA CITE)

 

Tout a été dit, écrit, publié sur la rénovation de l’Hôtel-Dieu qui se traduit par une dénaturation du lieu, un mépris de son histoire, dédiée à l’accueil des pauvres, indigents, et des patients.

Tout a été dit sur le refus du maire de Lyon de l’époque, Mr Gérard Collomb, d’écouter sérieusement les propositions de reconversion, notamment celle d’un collectif porteur d’un projet de Pôle Régional de Promotion de la Santé, projet qui avait recueilli le soutien de plus de 10 000 lyonnais, et celle de la création d’un musée de la santé, qui aurait été riche des collections disséminées en plusieurs lieux.

Mais, au-delà de ces deux projets, qui à eux seuls étaient fort loin de pouvoir occuper les 40000 m2 rendus vacants par le départ des fonctions hospitalières, peu a été pensé, écrit, proposé pour une reconversion de l’Hôtel Dieu respectueuse de son passé et des valeurs qu’il incarne et en phase avec les attentes de notre temps.

Fermons les yeux et revenons quelques années en arrière, aux alentours de 2010. L’arrêt des fonctions hospitalières de l’Hôtel Dieu est acté. Le maire de la ville, par ailleurs président des Hospices civils de Lyon, conscient de l’histoire du lieu, de ce que représente son emplacement en plein cœur de la cité, à l’écoute de ses concitoyens et des questions qui émergent et seront probablement parmi les grands défis de la métropole de demain, ce maire, conscient également des erreurs auxquelles pourrait conduire la conduite solitaire d’un aussi vaste chantier, décide de lancer une grande consultation auprès des citoyens, entreprises, associations diverses, écoles et universités, centres de recherche..

Les projets devront nécessairement prendre en compte trois conditions : respecter l’histoire et « l’esprit » du lieu, offrir des perspectives pour mieux prendre en compte les grandes questions contemporaines, s’insérer dans le tissu urbain et métropolitain en particulier en termes de services.

L’appel à projet propose des orientations dans les domaines de la Santé, du Développement culturel, des Services à la population

Santé : Outre l’intégration du Pôle Régional de Promotion de la santé, il est souhaité de constituer un pôle de recherche « santé/environnement » qui sera particulièrement orienté sur les risques « santé » émanant de la vie métropolitaine, ainsi qu’un pôle de recherche « santé/nutrition ». Ces pôles seraient à dimension internationale et offriraient notamment des lieux d’accueil et de ressources pour les ONG spécialisées en ces domaines. A ces pôles pourraient être adossés des centres de formation ainsi que des lieux de rencontre comportant des espaces d’expérimentation, des lieux d’information et de documentation, des espaces pour scolaires et enfants…

Enfin pourrait être constitué un grand musée de la Santé, composé pour une part de collections permanentes – la radiologie a été largement développée à Lyon et d’autres part d’expositions temporaires susceptibles d’attirer de nombreux visiteurs.

Développement culturel :

Tout en gardant « ouverts » des espaces non affectés préalablement à tel ou tel type d’usage, deux pistes sont proposées : la création d’un espace dédié à la littérature dans ses rapports à la santé et à la nutrition, clin d’œil à Rabelais dont il est bon de rappeler qu’il a été médecin à l’Hôtel- Dieu pendant trois années et d’un espace dédié à l’art photographique. Nulle part n’existe à Lyon de lieu public de la photo. Or il se trouve qu’Antoine Lumière, le père des frères Lumière, a ouvert à Lyon dans les années 1870 son magasin de photographie…au 15 rue de la

 

Barre, là où se trouve l’aile sud de l’Hôtel Dieu. Autre clin d’œil à l’histoire..

Services à la population :

Outre un ensemble de services indispensables aux habitants du centre -ville et ouverts aux salariés qui viennent y travailler (accueil petite enfance, espaces pour activités sportives, lieux de réunions,..) il est proposé de réfléchir à une politique favorisant l’accueil et l’intégration des étudiants et jeunes actifs, ainsi que des personnes et familles pour qui les difficultés de la vie nécessitent un accompagnement.

A cet égard un programme novateur de logement, avec services, restaurant coopératif, sera mis à l’étude

2018 : nous ouvrons les yeux. Le PRPS a été refusé, sans aucune étude et arguments sérieux. Il n’a pas été fait plus grand cas du Musée de la Santé, un véritable affront au Professeur Mornex, endocrinologue de réputation internationale, cheville ouvrière de ce projet. Aucun service de proximité, comme si le cœur de la cité n’avait plus pour raison d’accueillir des populations nouvelles, sauf celles qui n’ont pas besoin des services publics! Aucune offre culturelle !

Nous sommes persuadés qu’il aurait pu en être tout autrement si le maire de Lyon de l’époque avait un tant soit peu accepté d’écouter, de consulter.

Il a voulu aller vite, il a refusé d’investir de l’argent public en un lieu public et pour cela il a choisi la voie de la facilité et de la paresse. Que font les municipalités lorsqu’elles sont à court d’idée pour rénover un patrimoine ? Un hôtel et des commerces. Aucune originalité.

Oui la reconversion de l’Hôtel-Dieu est une belle occasion manquée, celle d’investir sur des questions majeures et pourquoi pas de devenir leader en ces domaines, celle de construire des politiques de santé, environnementales et sociales nouvelles et adaptées à notre monde. Le « Grand Hôtel Dieu » est non seulement une insulte à l‘histoire, mais aussi et peut-être surtout un grand gâchis, que ne saurait sauver sa belle réhabilitation architecturale.

Mais foin de lamentations ! 2020 approche et avec lui les prochaines échéances électorales : municipales et métropolitaines. Ces questions que l’ancien maire de Lyon n’a pas voulu affronter, nous les porterons, à la Manufacture de la Cité ; question d’une politique de santé métropolitaine en phase avec notre temps, question de l’accueil et de l’accompagnement des jeunes et des familles, question des services de proximité et plus largement des services publics, et surtout, surtout, question du mode d’exercice du pouvoir, et du renouveau démocratique.

 

 

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