[TRIBUNE] Renouveau démocratique – Episode 1 par Thierry Relave

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[TRIBUNE] Renouveau démocratique – Episode 1 par Thierry Relave

| ETABLI : REFLEXION - LE RENOUVEAU DEMOCRATIQUE PAR THIERRY RELAVE (UN DES INITIATEURS DE LA MANUFACTURE DE LA CITE) // EPISODE 1

 

Depuis l’antiquité, l’ivresse du pouvoir est un concept philosophique clairement identifié sous le nom d’hubris. Lors des triomphes des généraux romains victorieux, un esclave se plaçait dans le char à leur côté  et murmurait à intervalles réguliers : memento mori ; rappelle-toi que tu vas mourir. Ainsi, l’inclination narcissique à voir le monde comme une arène où exercer son pouvoir et chercher la gloire est ramenée à cette piteuse condition de mortel. De quoi perdre un peu de son melon !

Quelques siècles, quelques guerres, quelques systèmes politiques plus tard, cette hubris si humain s’est-il amélioré ? L’observation de l’exercice du pouvoir, du Ponant jusqu’à l’Orient nous incline à en douter. Les causes de cet hubris sont complexes et variées mais on peut (parfois) identifier ceux qui en sont atteints car ils se caractérisent par un excès de confiance en soi conduisant à une évaluation erronée de leur juste valeur. A contrario, les personnes les plus modestes ont souvent une appréciation juste de leurs propres qualités ce qui, et on peut le comprendre, les éloigne par réflexe salutaire de tout exercice d’une forme de pouvoir politique ; le désir de l’engagement requérant une identification positive à un modèle, une catharsis.

La perception négative de l’exercice du pouvoir politique se fait cruellement ressentir par une part toujours plus nombreuse des citoyens (même si ceux-ci ne sont pas tous plus vertueux ou plus purs que leurs représentants politiques) et l’écart se creuse de manière de plus en plus vertigineuse et inquiétante. Il interroge le schéma de la représentation politique, des pratiques et usages obsolètes en cours ainsi que l’usure de nos institutions ; ce divorce de la chose publique et du citoyen pervertit le fonctionnement même de notre modèle démocratique à bout de souffle.

La tendance à un repli sur soi dans un monde qui connait une mutation majeure fortement anxiogène et multi-causale (démographique, écologique, numérique, géopolitique…) n’est pas contrebalancée par une analyse visionnaire et pragmatique des enjeux colossaux à venir ; si l’expression « changement de paradigme » s’entend de manière plus itérative, il y a encore loin de la coupe aux lèvres tant on observe que l’angle économique supplante toute forme de pensée évolutive.

Nous nous devons en tant que citoyen responsable d’apporter notre contribution, aussi modeste soit-elle, au renouveau démocratique. Pour cela, il faut interroger les modes de gouvernances actuels, du plus global au plus petitement territorial. Se dessine en creux l’impérieuse nécessité d’une co-construction de nouveaux modèles politiques nécessairement plus horizontaux et de nouvelles pratiques s’imposent ; la réflexion, les échanges, les dialogues en humanité, les expérimentations doivent devenir la règle et la transversalité la norme. L’engagement et l’action politique doivent retrouver quelques couleurs arc-en-ciel par le prisme de l’espoir face au désenchantement, il faut raviver la fougue des premiers élans politiques et relever à bras-le-corps les défis d’un avenir qu’on peut croire par lassitude, par méconnaissance ou par cynisme joué d’avance.

« C’est possible, possible, possible, ce doit être possible. » écrivait Wallace Stevens ; nous avons le droit de le dire et le droit de le penser aussi…  –

 

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